Gérard Raulet
Pax Europeana: Du bon usage des nationalismes


Alain Finkelkraut affirme dans Comment peut-on être Croate? que le terme de "guerre civile" appliqué à la guerre des Républiques de l'ex-Yugoslavie "est particulièrement scandaleux". Selon lui, "ce n'est pas une guerre civile puisqu'elle oppose des nations"1.

La question que tranche péremptoirement cette affirmation est de la plus grande importance car, si l'on en croit le cinquième article préliminaire du Projet de paix perpétuelle de Kant, en dépend le droit - ou plutôt le devoir moral (Sollen) - d'autres Etats, agissant éventuellement au nom de la communauté internationale (i. e. de l'ONU ou, a minimo de la Communauté européenne), d'intervenir dans ce conflit par tous les moyens appropriés; y compris militaires.

L'argument de Kant est complexe, mais relativement clair. Il écarte d'abord, argumentant du point de vue de la morale, l'ideé que le mauvais exemple moral puisse être un casus belli. Mais il poursuit ainsi:

"Il est vrai qu il ne faudrait pas faire rentrer ici le cas où un Etat par suite de division intérieures se partageait en deux; chaque partie représentant pour soi un Etat particulier qui pretendrait au tout; fournir de l'aide à l'une ne pourrait valoir pour un Etat étranger comme une immixtion dans la constitution de l'autre (car il y a anarchie). Toutefois tant que ce conflit interieur n'est point résolu, cette ingérence de puissances étrangerès serait une lésion des droits d'un peuple luttant seulement contre son mal intérieur, et ne dépendant d'aucun autre; ce serait bien là donner lieu à un scandale et rendre incertaine l'autonomie de tous les Etats"2.

Donc, lorsqu'un Etat (en l'occurence la Yugoslavie) n'est plus un Etat et qu il y a anarchie, l'intervention est licite; elle ne nuit pas à l'autonomie d'un Etat, que Kant traite comme un sujet moral".Toutefois" - et l'argument rebondit - cette anarchie peut n'être que provisoire ("conflit interieur non résolu", "guerre civile" dans la terminologie de Finkelkraut) alors l'Etat existe potentiellement encore et c'est un "scandale" que de s'immiscer.

Les politiques de l'ONU et de la CE - et Finkelkraut aussi - auraient bien fait de relire attentivement ce texte, car sa triple détente identifie tous les pièges dans lesquels la communauté internationale, intellectuelle et politique s'est - hélas irrémédiablement - enferrée et dont elle ne sortira plus sans casse.

Finkelkraut a tiré un trait sous l'ex - Etat yugoslave. Donc il défend le droit d'être Croate, ou Slovène, ou Bosniaque. Ou plutôt il défend en réalité le fait accompli du retour à des Etats-nations reposant sur des identités nationales. Position non crtitque - j'y reviendrai. Pour cette position en tout cas il n'y a effectivement pas guere civile.

Malgré les apparences - et c 'est le deuxième point que je voudrais développer - cette position n'a aucun originalité: elle entérine la politique internationale, donc aussi ses impasses.

Ces impasses - et c'est le deuxième point - résultent d'une confusion funeste entre Etat, nation et peuple; par là ce troisième point rejoint le premier.


1.

Quant au premier point Eric Hobsbawm estime "qu'il n'y a pas plus d'une douzaine d'Etats ethniquement et linguistiquement homogènes parmi les quelques 170 Etats du monde et probablement aucun qui englobe la totalité de la "nation" dont il se réclame"3. La reconnaissance par la communauté internationale d'Etats-nations reposant sur des identités ethniques remet donc gravement en question l'equilibre international - qu'on pouvait certes estimer injuste - mais surtout la nature même des Etats modernes. Cette nature ne résulte pas seulement d'évolutions historiques inéluctables mais correspond avant tout au passage du dualisme prémoderne droit naturel/ droit coutumier ou acquis au droit naturel rationnel, au fondement de l'Etat de droit sur des principes rationnels dégagés de toute référence "naturelle".

Les décisions inernationales ont dangereusement juxtaposé deux conceptions contradictoires: la reconnaissance de l'intangibilité des frontierès - donc des Etats - et la reconnaissance des guerres de libération "nationale", c'est-à-dire du droit des peuples à s'autodéterminer (et par la voie de consequence la reconnaissance louable des minorités nationales). Deux cas sont exemplaires la Corse et le Québec. D'une part l'annulation par le Conseil constitutionnel, le 9 mai 1991, du statut de la Corse reconnaissait l'existence du "peuple corse" comme "composante du peuple francais"; d'autre part la décision du gouvernement canadien, le 13 mai 1991, du préserver l'unité nationale tout en reconnaissantle carractere unque du Québec" . Mai 1991 restra comme la dernière manifestation de la raison en matière de droit des peuples ces deux décisions allaient en effet d'autant plus dans le bon sens qu'elles rejoignent celles du pays non alignés, de l'OUA et meme de la Conférence islamique4.

L'irréversible gachis que représente la "gestion" de la crise yugoslave par la communauté internationale résulte du fait que des politiques ne s'en sont pas tenus à ce consensus international moderne d autant plus remarquable que le Sud en avait compris la logique. Ils sont entrés dans une spirale qui les a replacés dans la situation des négociateurs de 1919, qui tenterènt de faire coïcider les notions de nation et d'Etat.

Ils ont à tort greffé sur elles, en confondant dès lors tout- Etat, nation, nationalité, peuples, minorités - le droit des minorités. Confusion certes compréhensible puisqu'il a fallu attendere 1992 pour que la Commision des droits de l'homme de l'ONU adopte à Genève, le 21 février 1992, neuf articles protégeant "l'existence et l'identité nationale ou ethnique, culturelle, religieuse et linguistique des minorites sur leurs territoires respectifs" (article 1er) et favorisant "les conditions propres à promuvoir cette identité " . L'intention était généreuse, et elle avait été si difficile à imposer depuis 1945 (!) qu'elle ne pouvait que contribuer à la confusion. Car il n'était nullement précisé "qui décide qu'un groupe a le droit de se prévaloir du statut de minorité. Est -ce l'Etat ou les instances internationales?"5.

La situation est évidement encore moins claire - et non plus claire - lorsqu'il n'y a plus d'Etat. C'est dans cette situation que se trouve aujourd'hui l'ex-Yugoslavie. Chaque minorité peut revendiquer un territoire et un drapeau, se doter éventuellement d'un parlement comme l'on fait les Serbes en Bosnie, et réclamer sa recomnnaissance comme Etat indépendant.

Cet imbroglio, qui est tout à la fois de fait et de droit, s'est traduit par des lignes diplomatiques contradictoires adopteés par les Etats de la communauté européene. L'Allemagne en particulier, a fait pression pour la reconnaissance non seulement de la Slovénie mais de la Croatie, mettant ainsi en marche l'engrenage de l'imbroglio. La Communauté européene a suivi l'Allemagne, la CSCE a suivi la CE, l'ONU a suivi la CSCE. Le traité créant la CSCE a été violé dans la foulé puisqu'il prévoyait expressément l'inviolabilité des frontierès - lesquels ne pouvaient être modifiées que d'un commun accord entre les Etats intéressés. La conférence presidée par Lord Carrington en novembre 1991 fut une ultime tentative (manquée) pour engager - tout en entérinant la dislocation de l'ex-fédération - un regroupement sur le modéle de la CEI qui aurait maintenu les frontierès tracées par Tito en 1945.

On peut évidemment objecter que ces frontieres intérieures entre les Républiques, dues aux calculs politiques habiles de Tito, ne sont pas des frontirès internationales. Mais c'est alors souligner encore plus l'absurdité juridique que constitue leur transformation en frontières internationales.

On ne voit pas où et quand le processus va maintenant s'arrêter: au Sud avec le Kosovo et la Macedoine, au Nord avec la Voïvodine, les frontieres internationales de 1946 peuvent, si l'on suit cette logique, être toutes remises en question? Après avoir reconnu le droit à l'autodétermination de Slovènes et des Croates, la communauté internaionale ne pouvait plus que reconnaître la Bosnie-Herzégovine,mais il n'est pas du tout clair sur quel principe elle a fondé cette troisième reconnaisssance ce sont les frontieres inérieures de l'ex féderation qui ont reconnues, et non - comme cette logique l'impliquait - le droit des communautés serbes de Bosnie-Herzégovine. Comment, dès lors, résister aux exigences serbes?

La commision d'arbitrage présidée par Robert Badinter a, en usant d'autres termes, adopté dans cet imbroglio une ligne finalement comparable à celle de la conférence Carrington: la RSFJ n'est plus, mais "les nouveaux etats" doivent se concerter et régler par voie d'accords toutes les questions relatives à la succession de celle-ci".

Il reste que la confusion juridique ainsi crée est gravissime. Car elle n'implique pas seulement le droit la séccession. Elle n'a surtout pas grand chose à opposer aux menées nationalistes et tout se passe même comme si la politique de purificaton ethnique de la Serbie, dénoncée au nom des droits de l'Homme ainsi qu'il se doit, rendait la communaut internationale un éminent service celui de "purifier" de facto ce qui est en termes de droit international devenu un inextrictable imbroglio. Envoyons donc nos avions survoler l'espace bosniaque pendant que les Serbes font sur le terrain coïcider le droit avec le fait. Selon Leslie H. Gelb les Occidentaux "fournissent une aide humanitaire suffisante pour apaiser les opinions publiques" et "nourissent les habitants jusqu'au moment où ils deviendront des réfugiés ou des cadavres"6.

Analyse partage par Madame Sadako Ogata, haut-commisaire des Nation-Unies pour les réfugiés et par la Commision "Justice et Paix" de l'épiscopat français dans son rapport de mission au Kosovo :

"Cette politque de répression dans le but d'inciter les Albanais à émigrer a en partie "réussi" puisque enedeux ans sans doute 250 000 jeunes ont quitté la région"7.


2.

Les Etats qui ont été reconnus dans ces conditions louvoient entre le droit et le fait - et, symptomatiquement, ce sont évidement ceux qui ont le moins de problèmes d'identité nationale qui se révèlent les plus aptes à passer au niveau d'abstraction supérieur que requiert l'Etat rationnel moderne. En Slovènie le multipartisme existe déjà (Union social-démocratique, Alliance paysanne, Union démocrate-chrétienne, parti écologiste...). La citoyenneté vient d'être accorde à 150 000 personnes issues des autres Républiques et le statut de "communauté nationale" a été reconduit pour les Hongrois et les Italiens (mais pas pour les Serbes, Croates et autres citoyens de l'ancienne fédération - phenomene intéressant qu'il ne faut pas toutefois pas intérpreter nécessairement de façon négative: car, manifestement, les Slovènes, s'ils ne regrettent pas l'ancienne union fédérale, ne veulent pas entrer dans l'engrenage du droit des minorités et évitent du reste le terme "minorité").

Même dans les républiques dont l'identite est plus problématique il s'élève des voix sensées. Par exemple, celle de Blazé Ristovski, historien et vice-premier ministre de Macédoine entre mars 1991 et juillet 1992, qui ne cesse de rappeler que la Macédoine est une mosaïque de minorités: " Nous sommes issus d'un mélange ethno-culturel".

En revanche le découpage envisagé par le plan Carrington-Owen, en cherchant à faire coïcider les frontières politiques et les identités nationales, ne semblent pas avoir tiré la leçon de l'Afrique du Sud et risque de légitimer internationallement des bandoustans ethniques. Au-delà du conflit actuel se dessine une impasse politique à très long terme. Car la reconnaissance d'Etats nationaux dans lesquels la natioanlité est lieé à autre chose qu'à l'adhésion à la constitution qui en fait des Etats de droit constitue une régression. Partout les nationalismes bloquent le processus de transition démocratique. Le fait que les extêrmistes serbes et croates s'appuient avant tout sur les campagnes et non sur la population et la culture politique mixte des villes traduit à l'évidence ce caractère régressif. Le refus de multiculturalisme comme réalité des Etats modernes empêche l'évolution vers la citoyenneté comme fondement post-nationaliste de l'identité. Le modèle de la citoyenneté-nationalité tel qui s'est imposé dans la tradition républicaine française, repose sur l'adhésion librement à la constitution, c'est -a-dire à un ordre de droit qui est l'unique norme du vivre-ensemble. L'unique norme, car il ne faut pas confondre ce "patriotisme copnstitutionnel" avec les dévoiements que l'Etat croate, par exemple, a fait subir au principe de libre adhésion en demandant ceux qui postulaient la nationalité croate de signer un formulaire dans lequel ils déclarent appartenir au "peuple croate"8.

Au point où en sont arrivées les choses la critique au nom des principes ne saurait toutefois suffire. Le nationalisme est un fait - un fait diabolique avec lequel on ne peut plus faire autrement que de compter. Si l'on veut tant soit peu écourter la régression à long terme qu'il induit il importe de l'éclairer sur lui même et de tabler sur le potentiel d'émancipation, d'émancipation aveugle, qu'il incarne.

Le nationalisme est un moment d'affirmation nécessaire d'une intégration manquée (et cet axiome vaut également pour les résurgences nationalistes dans les pays démocratiques développés). Il a historiquement, au 19ème siècle, en même temps qu'il a été l'origine de l'effroyable aggresivité des nationalismes modernes, engagé l'évolution vers le parlamentarisme. Si l'on veut tenter d 'éclarer les nationalismes de l'Est sur eux-mêmes, il faut contribuer à une réflexion sur la façon dont les nationalismes du 19ème siècle ont constitué un moment nécessaire dans l'évolution vers les démocraies modernes et dont ils ont été les opérateurs du passage de références prémodernes du nationalisme au constitutionalisme des Etats de Droit.

On ne peut, en outre, donner tort à Alain Finkelkraut lorsqu'il dénonce les discours universalistes au regard desquels les Slovènes, les Croates et les Bosniaques seraient "coupables" d'avoir revendiqué leur independance, c'est-a-dire leur "autonomie nationale"- "coupables (d'avoir enrayé) un processus historique nécessaire" qui conduisait à l'unification planétaire. Il est clair en effet - et plus encore depuis Maastricht - que cette universalité est celle de l'échange, du neo-libéralisme totalitaire du Marche Mondial et du "grand marché" européen. Et il est presque salutaire, du moins pour pour la conscience internationale, que la balkano-libanisation de l'Europe potentielement élargie témoigne de limites de cet universalisme occidental, des limites de sa rationalité et de l'identité qu'il promet. L'Europe des Douze aurait voulu "renre comparable ce qui est héterogéne en le réduisant a des quantités abstraites"9. C'est-à-dire porter à l'éntélechie la CEE comme figure du Marche mondial. Les choses ne seront pas aussi simples.

L'utopie du marché sans frontierès et de la mondialisation économique est finalement de la même veine que le communisme internationaliste. Il est juste qu'elle se heurte aux obstacles qui scelle la faillité de ce dernier.

Dans ce contexte, il est importamt de rappeler que le "réveil des nationalismes" est un phénomène parfaitement cerné: partout en Europe les natioanlismes du 19ème siècle se sont dressés contre la "multinationale" des dynasties d'ancien régime que la Sainte-Alliance s'était efforcée de rétablir et contre la version modernisée que Napoleon imposait manu militari. Il n'est donc nullement curieux que le nationalisme resurgisse actuellement partout, en Europe centrale comme en Europe occidentale à la suite du Traité de Maastricht - lequel "gomme les contours de l Etat-nation, qui semble de plus en plus mal à l'aise, coincé entre le super-Etat européen auquel il ne cesse de transférer des compétences et des diffrrents Etats-régions auxquels, au nom de la décentralisation, il confie également une part de plus en plus grande de ses prérogatives"10.

C'est donc au moment où l'Etat-nation établi est "vidé de sa substance" que resurgissent les nationalismes. L'"Etat inseré"11 ne peut plus tenir ses promesses; il les tiendra de moins en moins à en juger par l'équation liberale insoluble dela croissance et du chômage. Cette équation n'est résolue qu'au prix des laissés-pour-compte; donc le déficit d'intégration se traduit par des problèmes d'identité.

A fortiori à l'Est: en Yugoslavie l'effet fédérateur de la lutte de Tito contre le fascisme puis de son opposition du Komintern et, plus fondamentalement, le lien social communiste se sont l un après l'autre décomposés.

L'explosion nationaliste est fondamentalement la consequnce de la crise de légitimité des discours universalistes qui fondaient un lien social et une identité politique supra- ou post-natonaux. Les acpect religieux ne sont, dans ce processus, que surdéterminants. La commision "Justice et Paix" de l'épiscopat français estime à juste titre dans son rapport sur le Kosovo que "ce qui se passe au Kosovo est un mouvement national, il ne s'agit en rien de fondamentalissme musulman: Musulmans et Catholiques sont unanimes sur ce point"12 Il en va de même, on le sait, pout la Bosnie-Herzegovine, mais l'imbroglio dans lequel se sont enferrées les institutions internationales a pour conséquence qu'elles risquent de jouer les pompiers incendiaires en ce qui concerne la surdétermination religieuse (pour l'instant encore secondaire) des coflits nationaux. Si la diplomatie internationale ne change pas de logique et si la communauté intelectuelle ne parvient pas à entraîner les intellecuels yugoslaves dans une réflexion sur le sens de leur nationalisme, alors l'ex-Yugoslavie deviendra le Liban de l'Europe.

Ce qu il'faut faire comprendre, ce sur quoi il faut entraîner les intellectuels ex-yugoslaves à développer un débat public (et je sais par expérience que c'est actuellement la tâche la plus difficile qui soit), c'est que le cadre de l'etat-nation n'est qu'une étape de l'émancipation et que l'identité qu'il procure ne vise pas la "naturalisation" mais la citoyenneté.

Nous ne sommes pas de bonnes âmes occidentales sûres de leur bon droit et qui, parce qu'elles sont bien nourries et ont donc la conscience tranquille, s'érigeraient en donneurs de leçons. La route de Maastricht passait en effet par Sarajevo. Peut-être n'est-il pas trop tard pour en prendre conscience. Lae nationalisme chez nous et le nationalisme chez "eux" ont partie liée. Ce qui est remis en cause par les réactions nationalistes aux déficits d'intégration, c'est le principe de l'Etat post-national et l'idée de patriotisme constitutionnel. Des logiques différentes conduisent aujourd'hui à cette gravissime remise en cause. Leur convergence devrait à tout le moins signaler que nous avons quelque chose à voir avec ces "gens-là". Pour nous, c'est incroyable déficit de démocratie qui grève la construction de l'unité europennée depuis que le Traité de Maastricht a été imposé aux opinions publiques avec tous les arguments technocratico-médiatiques et toutes les manipulations plébiscitaires des opinions publiques nationales auxquelles on pouvait recourir. On savait à quoi s'en tenir sur la technocratie, mais on ne pensait pas qu'elle operait ainsi sa conversion impudente et arrogante de pouvoir de l'ombre en nouvelle légitimité à laquelle il faut adhérer sous peine de passer pour un traître (dixit Madame Simone Veil). Il y a maintenant depuis Maastricht une répresentation pseudo-démocratique (une répresentation au sens fort, féodal, du terme) du néo-libéralisme. Et à ce titre, nous avons vécu en 1992 quelque chose vraiment nouveau dans les démocraties occidentales. Quelque chose qui s'inscrit dans le triomphe, certes sans gloire, mais néantmoins incroyablement arrogant du libéralisme sur les ruines de son alter ego communiste. La multinationale libérale occupe le terrain comme une sorte de nouvel ancien régime auquel il faut adhérer sous peine de ne pas être européen et, d'une certaine façon, d'étre banni de cette sorte de nouvelle chrétienté. Merci aux "peuples" de l'ex -Yugoslavie de déranger cette logique. Mais il faut les aider pour que dans l'opinion d'une autre logique européenne leur nationalisme ne soit qu'un moment.

[ Cette intervention a été écrite pour la table-ronde du Collège International de Philosophie qui s'est tenue le samedi 6 Mars 1993. Ses références événementielles peuvent être rendues caduques par une évolution - à ce jour hélas peu probable - de la politique internationale. ]



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